INTERVIEW KABA ET VOUIZ, LA HIP HOUSE 2.0

INTERVIEW KABA ET VOUIZ, LA HIP HOUSE 2.0

« 3 titres, mais c’est notre plus gros projet pour l’instant. »

Immersion avec Kaba et Vouiz, un rappeur et un producteur originaire de la scène grenobloise qui ont sorti leur EP 3.3 Magnitude en avril.

On se retrouve aujourd’hui pour discuter de votre EP « 3.3 Magnitude » sorti en avril 2021, un court projet hybride assemblant vos deux univers pour en former qu’un que vous appelez le Hip House 2.0. 


Kaba, est-ce que c’était une façon pour toi de faire une pause après ton premier projet de douze titres, Velvet Bleu ?

Kaba : C’était une manière de taffer un nouveau format, d’amener quelque chose de plus percutant et concis aux gens. C’est un délire nouveau pour nous, c’est notre première collaboration avec Vouiz, et avec 3 titres on garde toute l’attention des auditeurs. Ils peuvent pas skipper. Je trouve que c’est un format qui marche bien.

Que signifie 3.3 Magnitude pour toi, dans ta carrière ? Quelle est sa « place » ?

Kaba : Cet EP est parti d’une volonté d’expérimenter. Je me suis trouvé à travers ce projet, à travers la connexion avec Vouiz ; j’ai fait quelque chose que j’apprécie vraiment. beaucoup, j’aime l’écouter, j’ai envie de le défendre sur scène. C’est trois titres mais c’est notre plus gros projet pour l’instant.

On a poussé le délire : on a fait du merch, des vinyles personnalisables tout ça pensé par Louise et on a même crée H3 Records le label Hip House avec Eliot, El presidente ! Au final, 3.3 Magnitude a une place centrale. Si tu regardes bien, malgré 3 titres je le défends beaucoup plus sur la durée que « Velvet Bleu » qui en a douze.

Vouiz, est-ce que tu pourrais te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Vouiz : Ouais pas de soucis, moi à la base je viens de Grenoble, c’est là où j’ai commencé à faire mes armes artistiques, parce qu’avant j’ai toujours bossé tout seul. Ca a pris un peu de temps avant de se mettre en place. Au début je ne pouvais le partager avec personne et puis quand je suis arrivé à Grenoble ça a commencé à se décanter un petit peu.

À ce moment-là, je produisais pour moi et au fur et à mesure que je rencontrais des gens du monde de la nuit ou des potes qui avaient déjà le nez dedans, j’ai décidé de pousser un peu le truc ; et là ça fait environ deux ans que j’ai commencé à produire sérieusement. Du coup j’ai toujours produit de la musique électronique, avec plusieurs influences quand même, j’ai fait mes deux premières releases en 2020 (juste avant qu’on se recroise avec Kaba) sur le label de mes potes qui s’appelle EkouteSaPoto.

Credit : Louise Chevallet

Je me posais une question, est-ce que ta façon d’écouter de la musique a changé depuis que tu en produis ?

Vouiz : J’ai commencé à produire très jeune parce que mon père avait déjà un logiciel sur son ordi quand j’étais gamin et dès le collège j’ai commencé à mettre le nez dedans. Donc forcément ouais ça a tout de suite impacté ma façon d’écouter de la musique car j’avais déjà une conscience de ce que représentait le travail sur un morceau, bien qu’en suite ça se soit affiné.

Tu penses qu’en France les beatmakers sont reconnus à leur juste valeur par rapport au travail qu’ils fournissent ?

Vouiz : Je pense que dans le monde du rap, un beatmaker est plus un ghost : il va falloir faire quelques petites recherches pour savoir que c’est toi qui a fait le beat, et en plus c’est une part essentielle dans le son dans le sens où la production peut changer totalement le morceau, elle peut donner un dynamisme, elle peut apporter beaucoup de choses. Après moi qui suis producteur de musique électronique, mon son c’est ma signature donc j’ai besoin qu’on sache que ce soit moi, ce sont deux mondes différents en fait.

Kaba : Après, on est une génération d’artistes qui accordons de plus en plus de crédit aux beatmakers, c’est une tendance qui s’inverse. Les beatmakers savent également de mieux en mieux se vendre et se mettre en avant ; on en voit beaucoup faire des tapes et inviter des artistes dessus… Je pense à des gars comme Ikaz, Myth Syzer, Binks Beatz, Bricksy & 3g. Et puis si 3.3 Magnitude est tel qu’il est, c’est en majeure partie grâce à la science de Vouiz !

Kaba, tes anciens morceaux sont assez différents de ce que tu as proposé dans 3.3 Magnitude, as-tu toujours eu en tête de ce projet ?

Kaba : Franchement non. L’envie m’est venue dès que j’ai commencé à écouter de la house. Je me suis dit qu’il fallait que je trouve l’occasion de poser sur des prods comme ça, mais en vrai c’est quelque chose que j’ai découvert il y’a 2-3 ans. Je rap depuis que j’ai 16-17 ans et j’ai, de base, d’autres influences donc c’est pas quelque chose qui était prévu.

Ça s’est fait de manière très naturelle et spontanée. En fait, on a organisé une soirée avec Squadra notre association et collectif d’artistes basée à Grenoble, Vouiz a été invité à cette soirée et c’est quand j’ai entendu son set que je me suis dit « wow il est trop fort… j’aime tout ce qu’il passe, c’est trop lourd, je veux poser dessus ! ».

Est-ce que tu pourrais nous parler de tes inspirations, tes rappeurs et beatmakeurs préférés ?

Kaba : J’ai eu beaucoup de phases. J’ai tout de suite été plus sensible au Rap Us : 50 Cent, Snoop, puis Pac, Big L, Pun, N.W.A, Dogg Pound, BG Knoccout, Dresta …
En rap français mes premiers CD c’était Tallac (Booba), La vie avant la mort (Rohff).


J’en parle pas beaucoup mais j’ai aussi eu une grosse période RnB et j’ai capté il y a pas si longtemps l’influence que ça a eu sur ma manière d’écrire, mes choix de prod et sur les sujets que j’aborde. Ashanti, Bow Wow, Ciara, Omarion, Lil’ Romeo, puis un peu plus tard Aaliyah, Lauryn Hill, Mary J Blige etc…

Mais sinon en ce moment mes rappeurs préférés sont Larry June, WifiGawd, ASAP Ant et la Marino Infantry. En termes de beatmakeurs j’aime bien Cardo, Chase The Money, Ikaz Boi, Nxxxxxs, Freakey, Lord Fubu, Ethereal… je peux en citer encore plein.

Credit : Louise Chevallet

Et toi Vouiz ? D’où est-ce que tu sors tout cet univers musical ?

Vouiz : Cet univers est vraiment lié à tout ce que j’écoute depuis enfant. J’ai toujours eu un attrait pour la musique électronique, mais également pour la musique acoustique. Beaucoup de jazz, funk, musique africaine, cubaine, de la salsa … j’ai toujours été attiré par ces musiques qui ont une certaine chaleur, du groove. 

J’ai une question sur un morceau de Velvet Bleu : est-ce que tu pourrais nous parler de l’instru du morceau Keta ?

Kaba : Ahh !! C’est un morceau produit par Yeong Michin, un beatmaker bordelais en featuring avec Juice. On l’a sorti et puis 2 ans après ça s’est retrouvé sur LMF (rires) ! En vrai je sais pas comment ça se fait !

Je pense que Seezy (le producteur qui a produit Hors Ligne de Freeze Corleone) a dû prendre la même loop que Yeong Michin a pris pour Keta, ou alors Seezy est tombé sur le morceau et voilà hein ! Mais j’avoue que j’ai collé quand j’ai entendu le morceau pour la première fois … mais au final ça m’a fait plaisir car c’est que le son est bon.

On le rappelle, 3.3 Magnitude est sorti en avril, qu’est-ce que c’est pour vous, c’est un essai, juste du kif, quelque chose de nouveau vers lequel vous aimeriez vous diriger ensuite ?

Kaba & Vouiz : C’est le début de quelque chose de plus grand, On a posé la première pierre et on va en poser plein d’autres … c’est un projet qui a donné naissance au label H3 Records. Il y a du monde qui a bossé dessus, il y a toute une équipe derrière : Louise pour toute la DA image du projet, Thomas Cadoux à la réalisation du 1er clip « 1.3 HDG » , Manon Lefébure pour tout ce qui était rédaction de dossier de presse et Eliot pour manager et coordonner tout ça.

Credit : Louise Chevallet

3.3 Magnitude est un projet court, combien de temps est-ce que vous avez pris à le créer ?

Vouiz : La mise en place des choses a pris du temps mais en soit les deux premières tracks « 1.3 HDG » et « 2.3 BRICKLANE » ont été faite assez rapidement, après moi j’ai pris plus de temps sur le dernier morceau au niveau de la prod. Je suis sorti de ma zone de confort, Kaba voulait un bail funk 69latrik. Mais globalement ça a pris pas mal de temps car on a monté un label.

Kaba : Et puis, ça a été une putain d’expérience ! On a vécu trop de choses en tant que petits artistes indépendants, c’était nos premiers pas dans ce monde de la musique : Les rendez-vous avec des distributeurs, se prendre la tête pour faire presser des vinyls en Pologne, la production de T-shirts, les tournages de clip en plein COVID ! Ca a été une épopée. C’est pour ça que ce projet a une importance de ouf pour nous !

Vous avez tous les deux vos univers respectifs qui sont bien différents, comment est née l’idée d’allier la house au rap ?

Vouiz : C’est après la soirée Squadra en 2020 pendant laquelle j’ai joué que ça s’est fait, Kaba m’a recontacté le lendemain en me disant qu’il était chaud pour explorer ce style de sons et voilà c’est de là que c’est parti.

D’accord, 3.3 Magnitude qui est ce que vous appelez de la Hip House 2.0 est un réel mouvement que vous lancez, c’est quelque chose qui existait déjà avant à une échelle underground. L’un de vous deux pourrait nous expliquer en quoi consiste ce mouvement ?

Kaba : La Hip House de base, c’est un mouvement qui date des années 90’. Des DJs qui ont rajouté des vocals sur des sons House ou carrément pris le mic et posé dessus. C’était joué dans des clubs électro/house de Chicago et NY.

Vouiz : Après il y a eu un courant anglais avec la Garage et la Drum&Bass. C’est un mélange de tout ça d’allier la musique club et assez soutenue avec quelqu’un qui pose dessus.

J’ai eu la chance de voir le clip de « 2.3 BRICKLANE » que j’ai adoré et dont j’aimerais parler, vous pourriez nous parler de sa réalisation ?

Kaba : C’est une co-réalisation de Malik Abeka, Louise Chevallet & Moi. En fait ce clip c’était un week-end. L’intention était de créer des futures images d’archives et de me suivre dans une ride. On a filmé avec des cams différentes ( 4K, VHS, GoPro, iPhone) comme si plusieurs personnes différentes m’épiaient. Il fallait filmer tout et partout. Il fallait que ce soit à la limite du voyeurisme. Et le petit twist, c’est que je semble chercher des bails à Londres alors qu’on est totalement sur BX. On voulait faire sourire.

C’est totalement réussi, l’ambiance immersive dans laquelle on est plongé est incroyable, rien n’est sur-joué.

Kaba : C’est réel. Même dans le déroulement, du début jusqu’à la fin : le voyage, la location de matériel, c’était le zbeul mais c’était lourd ! A tel point qu’au milieu du week-end je me demandais si à la fin j’allais avoir un clip, c’était vraiment roue libre. Mais ça l’a fait s/o à toute l’équipe et surtout à Elio, l’homme de la situation. Ce premier retour nous fait vraiment plaisir.

Je pense qu’il est important de parler de la direction artistique qui est derrière ce projet et que je trouve incroyable. Les clips, l’univers visuel du projet, la cover, le concept de vinyles personnalisables avec les stickers, le merch …

Credit : Alyas

Kaba : Ayyy c’est Louise Chevallet ! Elle s’occupe de ma DA image. Elle a fait toutes mes covers et les 3/4 de mes photos. La connexion est naturelle, en plus elle connaît aussi Vouiz depuis longtemps. C’est une butée de rap. C’est un peu mon alter-ego, elle sait qui je suis, comment je fonctionne, ce que j’aime donc elle peut bien traduire ça visuellement parlant. C’était évident pour nous qu’elle nous représente à l’image.

Vouiz : Elle a vraiment des bons goûts, elle est hyper forte, c’était pas juste pour faire croquer les potes.

Kaba : On fait nos tests ensemble, on discute, on mate des films pour essayer de s’inspirer à fond, dès fois elle me montre ses références de photographes et d’édito qu’elle kiffe etc.. Elle donne vraiment cette crédibilité au projet, c’est la final touch !

Vouiz : Déjà juste avec le vinyle, les stickers, les références avec le côté sismique 3.3 Magnitude Voiron la ville d’où l’on vient  … Il y a vraiment le côté ludique avec les stickers aussi.

Credit : Alyas

Kaba : Oui, les gens, en plus d’avoir le vinyle, ils se l’approprient, ils collent les stickers et en font ce qu’ils veulent. C’est une manière d’inclure toutes les personnes qui nous soutiennent dans le projet !

On sent une réelle alchimie entre vous, Vouiz comment est ta manière de procéder quand tu es au studio avec Kaba ?

Vouiz : Alors ce qu’il faut savoir c’est que l’EP 3.3 Magnitude a été réalisé à distance à cause de la crise sanitaire, en revanche ça a été très intense car on s’est tout de suite sentis. Je procédais en lui envoyant une maquette de ce que j’avais fait, et lui pendant ce temps, il grattait sur une boucle d’une minute et il me faisait des retours sur la prod. On a créé les morceaux comme ça en ping pong.

Kaba : Après on s’est retrouver en studio, pour les enregistrements le temps d’une journée s/o Tyrax !

D’accord, les projets collaboratifs producteur/rappeur commencent petit à petit à se démocratiser en France, est-ce que c’est quelque chose que vous aimeriez réitérer dans le futur ?

Vouiz : Ouais je serais prêt à recommencer, à fond ! 

D’ailleurs, as-tu des artistes avec lesquels tu aimerais collaborer ?

Vouiz : Bien sûr, à Lyon il y a Sweely qui est très chaud, Aladdin, Heymil par exemple. Ce sont plus des artistes de musiques électroniques.

Et toi Kaba ?

Kaba : Déjà refaire plus de sons avec la Squadra ça serait bien. Mais sinon.. une petite collab avec Lala en cool !! 

Et bien merci à vous deux de nous avoir accorder cette interview, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite de vos carrières respectives ?

Kaba : Faire la musique qu’on kiffe, sans barrières, sans limites. De tourner et défendre le projet à droite à gauche en France et à l’étranger. Que la Squadra se développe. Être des pionniers dans la Hip House 2.0 !

Vouiz : Et surtout, qu’on reste toujours en accord avec nos valeurs.

Merci à vous, en vous souhaitant une excellente continuation dans vos carrières musicales.

Nous avons une pensée à toutes ces personnes ayant participé de près ou de loin pour délivrer cet excellent projet qu’est 3.3 Magnitude.

Jules Marfing

For every dark night, there is a brighter day.

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