INTERVIEW: MUSTANG 90, UN PROJET RÉVÉLATEUR D’UNE ALCHIMIE ENTRE 3 ARTISTES

INTERVIEW: MUSTANG 90, UN PROJET RÉVÉLATEUR D’UNE ALCHIMIE ENTRE 3 ARTISTES

Le 12 novembre dernier est sorti le projet collectif « Mustang 90 » de Richi, Sholo Senseï et Pseudo Productions.

Pour dire quelques mots sur le projet, Mustang 90 comporte 6 titres dont deux feats avec la chanteuse ØSØ, 1 clip et 1 documentaire réalisé par Mario Roudil qui retrace tout le processus créatif durant le séminaire. (Les trois artistes ont réalisé un séminaire de 6 jours dans un café-théâtre accompagné de leur équipe dans le but de réaliser l’EP.)

Pour ma part, j’ai choisi de parler de ce projet car j’ai aimé l’idée qu’il y ait tout un storytelling en parallèle des sons, ce qui en fait une expérience auditive originale. Pseudo a mélangé plusieurs styles de musiques pour en faire un EP complet, notamment avec la présence du Jazz sur « Lyon la nuit ». Comme l’a dit Sholo, Mustang 90 c’est une histoire fictive mais une métaphore de la réalité. Quand on écoute les sons, on sent une vrai part de sincérité, ce qui est de plus en plus rare dans le rap aujourd’hui.

Pour ceux qui ne connaitraient pas encore ces artistes, Sholo a commencé la musique dans une chorale à 4 ans. Depuis ses 10 ans, il écrit des textes de rap et en 2020 il remporte le concours drill du règlement. Suite à ça, il sort son premier EP « mosaïque ». Richi a commencé la musique à l’âge de 6 ans, il commence en jouant de la guitare pour après se consacrer vraiment au rap. Il a sorti deux EP en mai et décembre 2020. Quant à Pseudo, il baigne dans la musique depuis le CE2 où il apprend la trompette, au lycée il se prend de passion pour la guitare et c’est seulement depuis deux ans et demi qu’il commence à faire des prod.

Comment est apparue la collaboration ?

Sholo : On s’est rencontrés grâce à Mario Roudil, le créateur de 23 megabits (sa boîte de production de clips.) Richi on s’est rencontrés sur un tournage avec Youri par le biais du règlement.

Pseudo : Moi je suis arrivé après, au début j’ai rencontré Sholo ensuite Mario qui nous a mis tous en contact.

Pourquoi le nom Mustang 90 ?

Sholo : Tout notre projet tournait autour d’une voiture donc on s’est demandés ce qu’on allait prendre. En fait mon père kiffait les mustang, nous aussi et du coup on est partis là-dessus. J’ai pensé à une mustang de 90 parce que c’était stylé dans ma tête alors qu’en fait c’est claqué. Mais on s’est dit que ce modèle ça représente grave l’idée qu’on a envie de tout niquer, de toucher des trucs de haut standing comme la mustang mais que pour l’instant on n’a pas les capacités, on a juste la détermination.

Tout le projet est parti de la Mustang ?

Richi : Oui et c’est d’ailleurs ça qui nous a permis d’aller jusqu’au bout. Moi je suis arrivé, le thème il était déjà trouvé.

Sholo : Le thème a pas été dur à trouver, l’angoisse c’était vraiment que Richi valide pas.

Pour le clip de Mustang 90, comment s’est passé le tournage ?

Richi : La mustang moi ça m’a toujours fait rêver et du coup c’est moi qui l’ai conduite et c’était horrible. La voiture elle est lourde c’est un tracteur.

Est-ce que vous avez des goûts très différents ?

Richi : Oui et c’est ce qui fait la beauté du projet, si c’était identique on n’aurait pas eu un projet avec autant de couleurs, c’est le mélange des deux qu’on aime.

Sholo : Oui et je trouve que c’est un avantage d’avoir des goûts différents parce moi je sais que j’écoute plus une collab entre deux rappeurs quand ils ont un univers totalement différent, par exemple Vald et Heuss L’enfoiré.

Sholo tu es rapide dans l’écriture de tes textes, j’imagine que c’est ton point fort ?

Sholo : Je suis très rapide mais c’est autant une qualité qu’un défaut. Je finis très vite et j’ai du mal à revenir dessus parce qu’une fois que c’est bouclé on passe à autre chose. J’ai une attitude freestyle et quand je pose un truc je me dis que là ça été sincère, ça a été fait tel quel et faut pas que ça bouge.

Et d’ailleurs sur « La fin de l’histoire » mon couplet c’est un one shot parce que je l’avais grave taffé avant, mais j’admire la persévérance de Richi parce qu’il y a plein de fois où j’enregistre un truc et au final j’écoute qu’il y a une fausse note parce que j’ai pas pris le temps de reprendre le son.

Pseudo, tu es sur la pochette du projet, qu’est ce que tu ressens ? Est ce que tu trouves que les beatmakers sont davantage mis en avant aujourd’hui ?

Pseudo : Pour moi la force que j’ai trouvée à être dans ce projet c’est d’exister tout simplement parce que je suis considéré comme artiste dans ce projet et pas comme beatmaker. Déjà ce mot il me plaît pas, ça fait boîte à rythmes et pas musicien.

Pour la petite histoire, je leur ai rien demandé par rapport au fait d’apparaître sur la pochette, ça s’est fait naturellement. Personnellement j’aimerais plus être considéré comme artiste à part entière quitte à sortir des projets solo et inviter des artistes. On dirait que le beatmaker intervient plutôt comme un technicien. Je souhaiterais plutôt m’éloigner de cette « uberisation » du système de vente de prod où les artistes ne rencontrent jamais les beatmakers et où le plus souvent on oublie qu’il y a en a un, ici je veux parler de certains rappeurs qui juste se servent en téléchargeant la prod en mp3, évidemment je ne veux pas faire de généralité.

Pour finir sur cette question, ce que je veux dire finalement c’est que ma démarche c’est d’essayer de faire des prod en racontant quelque chose pour qu’il y ait une réelle collaboration avec les rappeurs et pas juste un accompagnement. Le but de Pseudo Productions c’est qu’on m’appelle pour une sonorité qu’on entends pas ailleurs plutôt qu’un coup de coeur sur une prod random.

Projet collectif est-ce indissociable de projet personnel ?

Sholo : Raconter des choses personnelles dans un projet commun c’est possible parce que Richi et moi sur pas mal de trucs on se retrouve, ce qui fait qu’on peut en parler et se comprendre. Mais c’est important de garder cette part d’introspection dans un projet commun parce que c’est aussi un peu ce que les gens veulent entendre.

Vous avez l’air de bosser beaucoup avec vos potes, pourquoi ce choix ? 

Richi : Moi j’ai toujours bossé avec mes potes, Romain (@dhaneusproduction) mon premier clip c’est lui. Mon manager c’était aussi un pote à moi, tout s’est fait petit à petit comme ça.

En fait le rap ça coute trop cher comparé à ce que ça rapporte, si tu commences tout seul tu peux pas assumer. C’est pour ça que c’est important d’avoir des contacts et de commencer avec des gens de ton entourage.

Est-ce que Pseudo, tu avais carte blanche ou Richi et Sholo te donnait des directives précises ?

Richi : Le beatmaker ramène son univers de base et après tu retravailles selon tes goûts. On part de 0 et on travaille ensemble. Chaque beatmaker a son univers et tu peux pas te ramener et imposer tes codes. Tu dois faire des compromis.

Pseudo a samplé Chet Baker, un trompettiste américain de jazz, pour donner au son « Lyon la nuit » un délire Vieux Lyon. (Les lyonnais comprendront)

Il y a une ambiance nocturne qui se dégage du projet, est-ce que c’est parce que vous avez essentiellement travaillé de nuit ?

Sholo : Déjà on était déconnectés parce qu’on était en sous sol. Après moi je suis vraiment quelqu’un de nocturne et j’en parle beaucoup dans mes sons. Je suis beaucoup plus à l’aise de vivre la nuit. C’est pour ça que j’adore le son « Lyon la nuit » Tout est différent la nuit, même les gens sont différents, on est plus honnêtes.

Pseudo : Travis Scott dit ça : « Le jour les gens sont pas honnêtes et la nuit ils disent vrai. »

C’est pour ça que « La fin de l’histoire » c’est mon son préféré du projet, c’est la meilleure prod que j’ai faite de ma vie. On l’a fait en 3 heures et après on a rec ça et on a fait une nuit blanche. C’est là où on s’est le plus donné.

Richi, ça a été un défi pour toi de réaliser 6 morceaux en une semaine ?

Richi : Oui j’étais un peu réticent avant d’arriver et d’ailleurs je remercie Mario de m’avoir un peu forcé la main à le faire. Sachant que moi j’écris vraiment seul, j’ai du mal à bosser en groupe mais ce séminaire ça m’a développé cette partie là. Ça m’a permis de voir que je suis pas obligé de faire que des trucs tout seul. Au final ça ouvre une autre branche d’inspiration. Tu fais pas la même chose mais tu trouves quand même ton bonheur là dedans.

Sholo : Que tu sois solitaire ou pas, l’avis des autres t’es obligé de le prendre en compte dans la musique, c’est pour ça que c’est important de s’ouvrir. Faut prendre en compte ce que les autres veulent écouter tout en restant fidèle à toi-même. Après tu peux forcer les autres à accéder à ton délire, ça se fait beaucoup mais c’est un risque.

Et qu’est-ce que ça t’a procuré de devoir travailler en collectif alors que tu es plus à l’aise pour écrire en solo?

Richi : C’était un challenge et ça m’a apporté parce que j’ai pris conscience que t’es pas toujours obligé de revenir sur ce que tu fais. Essayer d’aller vite et de faire le truc du premier coup ça peut être bien parce que ça apporte de la spontanéité. Alors que si tu reprends plusieurs fois tu perds en énergie. Moi c’est pour ça que ce projet il me touche parce que j’ai réussi à me surpasser. Un projet solo j’aurais pas pu le faire en une semaine.

Et c’est pas la même facilité, le fait d’être à plusieurs t’es vraiment dans un environnement de travail. Tout le monde bosse donc t’es obligé d’être dedans. En plus moi j’ai des gros problèmes de concentration donc le séminaire ça m’a aidé.

Est-ce que y a plus de satisfaction à sortir un projet collectif plutôt qu’un projet personnel ?

Richi : Pour moi y a plus de satisfaction à sortir un projet personnel parce que à la fin c’est ton projet à toi.

Pseudo : Moi je préfère faire du son avec des artistes plutôt que bosser tout seul dans ma chambre.

Sholo : Moi quand je vois des rappeurs qui sont en studio à 40 je kiffe parce que t’as déjà une réaction, tu sais si ton truc il a plû.

Quels sons les avantages dans la réalisation d’un EP collectif ?

Richi : Y a le coté compétitif qui fait que t’as envie de te surpasser, ça te force à t’adapter par rapport à l’autre et à sortir de ta zone de confort, le but c’est que ça matche. Faut pas être le meilleur sur le son faut aussi rentrer dans l’univers de l’autre. Tu re découvres aussi en même temps ton univers.  Des fois ça marche pas et des fois ça donne des choses aux quelles tu t’attendais pas.

Sholo: Déjà tu peux décharger une partie de ton travail, c’est un peu égoïste à dire comme ça mais quand t’as qu’un couplet à gratter au lieu de deux et un refrain, tu peux plus passer de temps sur ta partie et du coup augmenter la qualité de ton propos. Puis pour l’esprit aussi, le rap c’est avant tout un travail d’équipe donc forcément ça se ressent plus dans les projets de groupe. C’est bien pour l’esprit hip-hop de perdurer de cette manière.

Pseudo tu avais une grosse charge de travail à toi seul, est ce que t’aurais aimé être aidé par quelqu’un d’autre ?

Pseudo : Je sentais à la fin que j’en pouvais plus, je bougeais jamais de la chaise et j’étais toujours en bas au studio. Du coup je me suis dit que la prochaine fois fallait qu’il y ait quelqu’un d’autre pour le rec, pour que je puisse davantage me concentrer sur la prod. Faut savoir que j’avais fait 15 prod avant de venir dans le séminaire, sinon on aurait pas pu finir à temps.

Après avoir passé une semaine ensemble, est-ce que c’était dur de clôturer ce projet tous ensemble?

Richi : En fait on a passé des vrais moments ensemble. On était tous enfermés puis tu vois vraiment les gens dans leur entièreté. Tu peux pas mentir sur une semaine, t’es obligé d’être toi-même. Après 6 jours c’était la bonne durée.

Sholo : Moi ça m’aurais pas gêné de rester plus longtemps, même au contraire.

Pour finir, que retenez de cette expérience ?

Sholo : C’était une aventure humaine forte, très enrichissante et ça me convainc encore plus que ma vie est faite pour la musique.

Pseudo : Je retiens comme Sholo que c’est ce que je veux faire de ma vie et aussi que c’est dur le son, dans le sens où on a tout donné pour ce résultat. C’est que le début donc il va falloir qu’on se donne encore plus les prochaines fois, sauf que c’est pas évident quand on a déjà l’impression d’avoir fait de son mieux.

Richi : Après avoir fait ce projet, je retiens qu’être entouré d’une bonne équipe permet de se concentrer dans ce qu’on sait faire de mieux, qu’il faut s’entourer de personnes avec qui humainement tu passes des bons moments avant d’envisager de mélanger ton univers. Je retiens aussi qu’il est toujours important de se surpasser et de sortir de sa zone de confort, c’est comme ça qu’on arrive à découvrir de nouvelles choses, à sortir de sa routine et à s’épanouir dans ce qu’on fait.

Pour celles et ceux qui voudraient voir le processus créatif et l’ambiance durant le séminaire, le documentaire du projet est disponible sur Youtube.

Au niveau des projets à venir, Sholo Senseï et Richi prévoient la sortie d’un EP individuel début 2022.

Mailys

ARTICLES SIMILAIRES

INTERVIEW : DRACKS, LA JEUNESSE, L’AMBITION, LE TALENT

INTERVIEW : DRACKS, LA JEUNESSE, L’AMBITION, LE TALENT

INTERVIEW : KAN, LA PLURALITÉ DE LA MUSIQUE

INTERVIEW : KAN, LA PLURALITÉ DE LA MUSIQUE

PORTRAIT : MENAVOR, QUAND LA RICHESSE MUSICALE RENCONTRE L’HONNÊTETÉ

PORTRAIT : MENAVOR, QUAND LA RICHESSE MUSICALE RENCONTRE L’HONNÊTETÉ

INTERVIEW : AXELENCE, RAPPEUR AUX PALETTES MULTIPLES

INTERVIEW : AXELENCE, RAPPEUR AUX PALETTES MULTIPLES

Notre dernière vidéo:

Coup de cœur :

Kobo – Anagenèse

Anagenèse - Kobo - CD album - Achat & prix | fnac