PUSHA T, UN RETOUR RÉUSSI AVEC IT’S ALMOST DRY

PUSHA T, UN RETOUR RÉUSSI AVEC IT’S ALMOST DRY

Sur le 4ème album de Pusha T, la poudre est toujours de grande qualité. 

Comme on pouvait s’y attendre, venant d’un rappeur comme Push, “It’s Almost Dry”, sorti le 22 avril dernier, est un puissant mélange de lignes perverses, de mauvaises pensées, de regrets et d’insultes. Mais comme l’album vient d’une période où le rappeur était, comme beaucoup d’entre nous, isolé du monde, ce que l’on entend tout au long de ces 36 minutes a un raffinement assez inattendu et bienvenu, supérieur même à “Daytona”, exceptionnel album mais qui captivait plus par son urgence et sa bestialité.

Une équipe de choc

Terrence LeVarr Thornton, de son vrai nom, est retourné à Ye pour la production de l’album, mais avec une implication supplémentaire de Pharrell et une pléthore de featurings talentueux, notamment : Jay Z, Lil Uzi Vert, Kid Cudi et son frère MALICE. Mais plus que tout, c’est la voix de Pusha T qui brille sur ce projet, et c’est vraiment impressionnant compte tenu du potentiel des invités. 

Le morceau d’ouverture, « Brambleton » produit par Pharrell, met parfaitement l’ambiance car il démontre que le lyrisme de King Push est toujours à son plus haut niveau. Des synthés obsédants se mêlant à merveille avec une basse lourde planent alors que Push rappe sur la trahison, revenant sur cette amitié brisée avec son ex manager Geezy. Ce dernier l’avait dénigré dans des interviews provoquant la stupéfaction du rappeur.

Un album introspectif

« Let the Smokers Shine The Coupes » est l’un des morceaux les plus durs de l’album. Le rythme est serré, les échantillons sont presque démoniaques dans leurs cris et leurs rires déformés. Pusha embrasse son image d’autodidacte au sommet en étant à la fois hilarant et vantard. 

« Dreamin Of The Past (feat. Kanye West) » présente un magnifique échantillon de l’interprétation de “Jealous Guy” par Donny Hathaway. Comme dans une rétrospective sentimentale, King Push revient sur son passé de trafiquant de drogue à travers des sons émouvants. Il respire la sérénité et montre ici un équilibre incroyable. Il démontre sa croissance non seulement en tant qu’homme mais en tant qu’artiste. West a également un court couplet pour fermer une des meilleures pistes de l’album.

Sans oublier une pointe d’égo-trip

« Neck & Wrist » est le morceau de rap le plus vantard de l’album et présente à la fois Push et Jay-Z. Le premier maintient son leadership en montrant sa richesse et la réussite de ses transactions. Cependant, l’aspect le plus intéressant est quand Jay revient sur la mort de The Notorious BIG et l’impact qu’il a eu sur son succès, Il défie ceux qui remettent en question sa crédibilité et fini par lâcher « If BIG had survived, y’all would have got The Commission », faisant référence au supergroupe prévu par les deux. 

Un projet solide et bien construit

Le fantôme de Pablo Escobar plane sur “Just So You Remember”. Sur un sample de “Six Day War” de Colonel Bagshot en guise de refrain, Push, menaçant, montre, dans son lyrisme, un sens de la mise en scène impeccable.

“Diet Coke » avec Fat Joe en écho qui vient accompagner l’instrumental de Ye et le beat de 88-Keys (qui remonte à 2004!) est un des singles de l’année. C’est immédiatement séduisant avec Push arrivant dès les premières secondes dans une cadence à laquelle il est difficile de résister. Il rend hommage à JAY-Z (« Imaginary players ain’t been coached right »), Missy Elliott (« Missy was our only délit »), et Diddy (« Young Gs like we Hov and Puff ») tout en riant de la compétition. 

Avec la super équipe réunie pour “Rock N Roll” (Feat Ye et Kid Cudi), il ne devrait pas être surprenant que la chanson soit aussi bonne qu’elle l’est – mais oh mon dieu, elle l’est! Push montre d’excellents jeux de mots lorsqu’il fait référence, notamment, à Super Mario Bros à travers sa vente de cocaïne : “I been gettin’ at these coins as I’m breakin’ down the brick./Make the jump to each level, Super Mario exists.” C’est presque indécent tellement tout fonctionne, et réunir trois variations de hip-hop si facilement en moins de quatre minutes est stupéfiant. Il y a une énergie qui rappelle le gangsta rap old school abordant des sujets comme la drogue, la famille et la valeur de leur temps. Et quand on pense que ce serait, soi-disant, le dernier morceau à présenter ensemble Kanye et Cudi après leur récent divorce médiatique, il y a quelque chose qui semble absolu et définitif ici. 

“Call My Bluff » risque fort d’être un titre sous-estimé pourtant il est rempli de double sens, de mise en garde et de menaces à peine maquillées. La prod intrigante de Pharrell combinée aux paroles fines et piquantes sans tomber dans l’animosité et la bassesse de Push en fait de cette chanson la plus imaginative. 

Lil Uzi Vert et Don Toliver sont les étonnant invités sur « Scrape It Off ». Sur une mélodie légère qui rappelle étrangement “Throw Sum Mo” des Rae Sremmurd, le trio offre, non pas une mauvaise chanson mais surement la plus faible. Quand on regarde les rappeurs dont Push a pu s’entourer tout au long de sa carrière (Rick Ross, Beanie Sigel, The Dream etc.), “Scape It Off” ressemble à une toute petite erreur de casting. 

« Hear Me Clearly » (Feat Nigo) a tout d’un rap classique, le style auquel les fans pouvaient s’attendre. Le titre a été présenté en avant-première lors du défilé de mode Kenzo à Paris le 23 janvier 2022. Cela a du sens puisque Nigo, DJ japonais et surtout créateur de mode, notamment de BAPE, est le directeur artistique de la marque française KENZO. Pusha compare son succès à celui des rappeurs et mannequins superficiels qui n’ont jamais fait face à des défis dans leur vie comme lui. Sa fanfaronade complète l’instrumental dépouillé et contient toutes les caractéristiques du meilleur travail de Push. 

Flûtes, orgue et rythme cool pour une prod enivrante, voire ensorcelante de Pharrell, l’avant dernière piste, “Open Air” offre une fois de plus l’occasion à Push de rapper sur la façon dont sa vie de dealer a été un vrai danger de tous les instants. 

L’album se termine par « I Pray For You », qui réunit Pusha T avec son frère Malice, tandis que Labrinth chante une belle intro, un pont et une fin qui complète ce fabuleux morceau produit par lui-même et West. Push rap sur son succès dans l’industrie et comment il l’a fait se sentir invisible par moment. « I Pray For You » est un moment incroyable car Push n’a pas le dernier mot sur “It’s Almost Dry”, permettant à Malice de le conclure avec un couplet exceptionnel, sans doute le meilleur de tout l’album. “X told you Hell is hot, I told you, ‘Repent,’”, rappe Malice, faisant référence au regretté DMX et à son premier album classique It’s Dark and Hell is Hot. “Faith never wavered as I walked along the fence.” Tout au long du couplet, Malice montre à quel point son christianisme et sa vie qui s’est améliorée sont importants pour lui, mais ne renonce pas non plus à devenir parfois un peu plus sombre. Comme le démontre fabuleusement l’une de ses dernières mesures, “I greet you with the love of God, that don’t make us friends./I might whisper in his ear, ‘Bury all of them”. 

Conclusion

Pusha T - It's Almost Dry (Album) - Playose

Avant la sortie de l’album, Pusha T a déclaré: « The album of the motherfucking year is coming ». Il faut bien avouer que le rappeur réalise presque sa propre prophétie. La production soignée, les rythmes captivants et l’échantillonnage expert en font une écoute au minimum savoureuse, bien souvent fascinante. Avec un flow impeccable et des paroles sanglantes, piquantes, parfois hilarantes mais toujours passionnantes, il est difficile de voir un accroc dans cet album. 

Un vrai méchant ne s’excuse jamais, sait esquiver les balles et maintient le danger à distance 

Terrence LeVarr Thornton est un vrai méchant et s’il continue d’affiner ses compétences en tant que rappeur et conteur, il deviendra l’un des plus grands rappeurs de tous les temps. En tout cas, il figure déjà sur la liste.

scopemag

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